L’aérogommage ne déforme pas la tôle, contrairement au sablage classique qui projette un abrasif à haute pression et peut voiler les panneaux fins d’une carrosserie ancienne. La différence tient à la pression de travail : un sablage traditionnel opère entre 4 et 8 bars, tandis qu’une aérogommeuse descend sous 2 bars en réglant finement le débit d’abrasif. Sur une aile de Triumph Spitfire ou un capot de Fiat 500, cette marge fait toute la différence entre un décapage propre et une tôle gondolée qu’il faudra redresser au marteau et au tas.
Pression et abrasif : ce qui sépare réellement les deux procédés
Le sablage utilise du sable de silice ou du corindon projeté par un compresseur industriel. Le jet attaque la rouille, la peinture et le mastic, mais aussi le métal sain. Sur de la tôle d’épaisseur inférieure à 1 mm (courante sur les voitures européennes d’avant 1975), la chaleur et l’impact créent des déformations parfois irréversibles.
L’aérogommage repose sur le même principe pneumatique, avec deux variables modifiées : la pression est réduite et l’abrasif est plus fin, souvent du bicarbonate de sodium, du garnet ou des microbilles de verre. Le résultat est un décapage progressif qui retire les couches de peinture sans marteler le support. Selon la fiche de prévention de l’INRS sur la silice cristalline, l’abandon du sable de silice au profit d’abrasifs alternatifs répond aussi à un enjeu sanitaire, la silice libre étant classée cancérogène pour les voies respiratoires.
Vu du côté du carrossier, le choix se résume souvent à une question de support. Un châssis en acier épais de 3 mm supporte très bien un sablage classique. Un panneau de porte en tôle fine, non.
| Critère | Sablage classique | Aérogommage |
|---|---|---|
| Pression de travail | 4 à 8 bars | 0,5 à 2 bars |
| Abrasifs courants | Corindon, sable, grenaille | Bicarbonate, garnet, microbilles |
| Risque de déformation | Élevé sur tôle fine (< 1 mm) | Faible, réglage progressif |
| Adapté aux éléments de carrosserie | Châssis, longerons, pièces épaisses | Ailes, capots, portes, toit |
| Finition de surface | Profil d’accroche marqué | Surface lisse, prête à l’apprêt |
Voir aussi Restaurer une ancienne : le budget réel poste par poste, sans se mentir
Quel tarif prévoir pour décaper une carrosserie complète ?
Les prix varient fortement selon la taille du véhicule, l’épaisseur de peinture à retirer et l’état de la rouille. Aucun barème officiel n’existe. Les tarifs sont fixés librement par chaque prestataire et dépendent du temps de travail réel. Avant de s’engager, il est utile de demander plusieurs devis détaillés en précisant le modèle exact du véhicule. Ce poste peut représenter une part significative du budget global d’une restauration.
L’aérogommage est généralement plus long que le sablage pour un même résultat de décapage, ce qui explique un coût horaire souvent supérieur. Le gain se mesure en aval : moins de redressage, moins de masticage, un apprêt qui accroche sur une surface régulière.
L’hydrogommage limite la poussière mais pas tous les défauts
L’hydrogommage ajoute de l’eau au flux d’abrasif. L’avantage principal est la suppression quasi totale de la poussière, ce qui rend le procédé utilisable en extérieur sans confinement. En revanche, l’eau projetée sur de l’acier nu provoque une oxydation flash : la rouille de surface réapparaît en quelques heures si le métal n’est pas immédiatement traité avec un apprêt phosphatant ou un produit de passivation. Sur un véhicule ancien dont la tôle présente déjà des perforations, cette humidité peut aussi s’infiltrer dans les corps creux (bas de caisse, doublures d’aile) et relancer la corrosion à l’abri des regards. Le Code du travail (article R4222-10) encadre par ailleurs l’exposition aux poussières sur les lieux de travail, ce qui explique l’attrait croissant de l’hydrogommage dans les ateliers fermés.
Faut-il poncer après un aérogommage ?
Un aérogommage bien conduit laisse une surface mate et légèrement rugueuse, suffisante pour recevoir directement un apprêt garnissant. Le ponçage n’est donc pas systématique. Il devient nécessaire dans deux cas précis : lorsque des résidus de mastic ancien subsistent dans les creux de la tôle, ou lorsque la surface présente des micro-cratères dus à une corrosion par piqûres. Un passage au papier abrasif grain 120 puis 240 suffit alors à régulariser le support avant mise en apprêt.
Sur une Mini classique dont les points de rouille sont nombreux, le ponçage localisé après aérogommage reste quasi inévitable pour obtenir un plan correct avant peinture.
Philippe Moreau restaure des voitures anciennes depuis 25 ans dans son atelier près de Lyon. Spécialiste des véhicules français des années 1960 à 1980, il partage son expertise technique et sa passion pour le patrimoine automobile.
À lire aussi

Spécialiste carburateur voiture ancienne : prix et annuaire
C'est lui qui dose le mélange air-essence, qui donne le caractère à l'accélération, qui fait chanter un…

Quelle voiture ancienne peut rouler à l’éthanol sans modification ?
La réponse courte, c'est que ça dépend énormément du véhicule, de son système d'alimentation et de l'année de…

Carburateur voiture ancienne : réglage, nettoyage et kits de révision
Du petit Solex 32 PBISA d'une 2CV au double corps Weber DCOE monté sur une Alfa Romeo GTV, chaque carburateur…

Refaire la peinture d’une voiture ancienne : préparation, teintes et cabine
Si une chose ne change jamais, c'est que la qualité d'une peinture se joue à 70 % dans la préparation. Le…

Retrofit électrique d’une voiture de collection : pour ou contre
Qu'est-ce que le retrofit électrique sur une voiture ancienne Le sujet mérite qu'on s'y arrête sérieusement,…

Modifier une voiture de collection : ce que la carte grise collection interdit
Remplacer le moteur d'une Peugeot 204 par un bloc diesel moderne fait perdre le bénéfice de la carte grise…

















