L’hiver est la saison la plus dangereuse pour une voiture de collection. Le froid, l’humidité, le sel sur les routes, les rongeurs en quete de chaleur : tout conspire contre votre véhicule pendant les mois de novembre a mars. Un remisage mal prepare peut causer en quelques semaines des degats que des années d’utilisation normale n’auraient pas provoques.
Après 25 ans à entretenir et restaurer des voitures anciennes pres de Lyon, où les hivers sont froids et humides, j’ai développé un protocole de remisage que je partagé ici. Ces 10 gestes essentiels né demandent ni équipement special ni competences avancees. Ils demandent simplement de la méthode et un peu de temps. C’est le meilleur investissement que vous puissiez faire pour protéger votre véhicule.
En bref
- Préparez le remisage en octobre, avant les premières gelees
- Batterie : chargeur de maintien intelligent (50 à 80 euros), indispensable
- Pneus : surgonfler de 0,5 bar ou poser le véhicule sur chandelles
- Anticorrosion : traiter dessous de caisse et corps creux avant chaque hiver
- Remise en route : suivre un protocole précis pour éviter les casses
Préparation avant remisage : le grand nettoyage

Avant de garer votre voiture pour l’hiver, un nettoyage complet est indispensable. Ce n’est pas une question d’esthétique, c’est une question de conservation. Les salissures, les residus de goudron, les fientes d’oiseaux et les traces d’insectes sont autant d’agents agressifs qui attaquent la peinture et la carrosserie si on les laisse en placé pendant plusieurs mois.
Le lavage extérieur
Lavez soigneusement l’ensemble de la carrosserie, y compris les passages de roues et les dessous de caisse. Utilisez un produit de lavage automobile au pH neutre, jamais de liquide vaisselle qui decape la ciré de protection. Sechez complètement le véhicule avec une peau de chamois ou un tissu microfibre. Toute trace d’humidité residuelle est un foyer de corrosion potentiel.
La protection de la carrosserie
Appliquez une ciré de protection de qualité sur l’ensemble de la carrosserie. Les cirés a base de carnauba offrent une excellente barrière contre l’humidité. Les joints de porte, de pare-brise et de lunette arriere méritent un traitement au silicone pour rester souples et éviter les fissures dues au froid. Un bidon de spray silicone coute entre 5 et 10 euros et dure plusieurs saisons.
Les chromes, s’il y en a, doivent être traites avec un produit spécifique (Belgom Chromes ou équivalent) puis enduits d’une fine couche de vaseline pour prévenir l’oxydation. Pour un guide complet des produits d’entretien, consultez notre guide équipement du collectionneur.
La batterie : le point faible du remisage

La batterie est l’élément le plus vulnerable pendant un remisage hivernal. Une batterie 12 volts classique perd naturellement entre 1 et 3 % de sa charge par semaine a temperature ambiante. En hiver, dans un garage non chauffe, cette autodechargement s’accéléré. Au bout de 8 à 12 semaines sans intervention, la batterie est profondement dechargee, et une batterie au plomb profondement dechargee est une batterie definitivement abimee.
Solution 1 : debrancher la batterie
C’est le minimum vital. Deconnectez la borne negative (toujours la negative en premier pour éviter les courts-circuits). Sur les véhicules anciens sans électronique embarquee, cette solution suffit pour un remisage de 2 à 3 mois. Mais elle né previent pas l’autodechargement naturel de la batterie.
Solution 2 : le chargeur de maintien intelligent
C’est la méthode que je recommande systématiquement. Un chargeur intelligent (type CTEK MXS 5.0 ou Noco Genius 5) maintient la batterie a 100 % de charge en delivrant de micro-impulsions. Il se branche sur le secteur et se connecte a la batterie via des pinces ou un oeillet permanent. Le coût : 50 à 80 euros pour un appareil de qualité qui durera des années. C’est le meilleur investissement de cette liste.
Solution 3 : retirer la batterie
Si le garage n’a pas de prise électrique, retirez la batterie et stockez-la dans un endroit tempere (cave, buanderie). Posez-la sur une planche en bois (jamais directement sur le beton, qui accéléré la decharge) et branchez un chargeur de maintien. Pensez à noter les codes radio et les reglages électroniques avant de debrancher, sur les véhicules qui en disposent.
Les fluides : vidange et protection antigel
Les fluides d’un véhicule sont soumis a rude epreuve pendant l’hiver. Le gel peut endommager le circuit de refroidissement, et l’humidité contaminee dans les autres circuits accéléré la corrosion interne.
Le liquide de refroidissement
Verifiez la concentration en antigel avec un testeur de densite (5 à 10 euros en magasin auto). La protection doit descendre jusqu’a -25 degrés C minimum, -30 degrés idealement. Si le liquide a plus de 3 ans, remplacez-le integralement. Un bidon de 5 litres d’antigel concentre coute entre 15 et 25 euros. Né negligez pas ce point : un bloc moteur fissure par le gel, c’est un moteur a refaire.
L’huile moteur
Si la prochaine vidange est proche, faites-la avant le remisage plutôt qu’après. L’huile usagee contient des acides et des particules abrasives en suspension qui attaquent les surfaces metalliques pendant l’immobilisation. Une huile propre protégé le moteur pendant tout l’hiver. Pour les véhicules anciens, privilégiez une huile minerale 15W40 ou 20W50 de qualité, adaptee aux moteurs sans catalyseur.
Le liquide de frein
Le liquide de frein etant hygroscopique (il absorbe l’humidité de l’air), un liquide ancien sature en eau peut geler dans les canalisations en hiver. Si le liquide a plus de 2 ans, un remplacement avant le remisage est recommande. Budget : 50 à 80 euros en atelier.
Le reservoir de carburant
Faites le plein d’essence avant le remisage. Un reservoir plein limite la condensation sur les parois internes du reservoir, qui provoque de la corrosion (surtout sur les reservoirs metalliques des voitures anciennes). Ajoutez un stabilisateur de carburant (type STA-BIL, environ 10 euros le flacon) si le remisage dépassé 3 mois : il empêché la degradation de l’essence et la formation de dépôts dans le circuit d’alimentation.
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Les pneus : prévenir le plat

Un pneu immobilise pendant plusieurs mois se deforme sous le poids du véhicule. C’est ce qu’on appelle le plat. Sur les pneus a structure diagonale, courants sur les voitures des années 1950 à 1970, le phenomene est encore plus marque que sur les pneus radiaux modernes. Un plat prononce peut être permanent et imposer le remplacement des pneumatiques.
Méthode 1 : surgonfler les pneus
Gonflez les pneus a 0,5 bar au-dessus de la pression nominale avant le remisage. Cette surpression limite la deformation de la carcasse sous le poids du véhicule. C’est la méthode la plus simple et la plus courante. N’oubliez pas de rétablir la pression correcte avant la remise en route au printemps.
Méthode 2 : poser le véhicule sur chandelles
C’est la solution idéale pour un remisage de longue durée (plus de 3 mois). Placez quatre chandelles sous les points de levage prévus par le constructeur et soulevez le véhicule jusqu’a ce que les pneus né touchent plus le sol. Les pneus sont ainsi decharges et conservent leur forme circulaire. Un jeu de quatre chandelles de qualité coute entre 40 et 80 euros.
Si le véhicule est pose sur chandelles, laissez les roues montees pour protéger les moyeux et les disques de frein de la poussiere et de l’humidité. Pour connaître les points de levage spécifiques à votre modèle, notre FAQ technique fournit des schemas pour les principaux véhicules de collection.
Protection anticorrosion et dessous de caisse
L’hiver est la saison de la corrosion. L’humidité ambiante, la condensation et les éventuelles traces de sel (si le véhicule a roule tard en saison) sont autant de catalyseurs de rouille. Un traitement preventif avant le remisage est un geste de protection majeur.
Traitement des dessous de caisse
Pulverisez un produit anticorrosion a base de ciré (type Dinitrol ML ou Tectyl) sur l’ensemble des dessous de caisse, des longerons et des passages de roues. Ces produits forment un film souple et impermeable qui isole le metal de l’humidité. Un aerosol de 500 ml coute entre 12 et 20 euros et couvre environ 2 m2.
Traitement des corps creux
Les longerons, les montants de pare-brise, les bas de caisse et les traverses sont des corps creux ou l’humidité s’accumule et où la rouille progresse de l’intérieur vers l’extérieur, invisible jusqu’a ce qu’il soit trop tard. Injectez un produit anticorrosion fluide (type Dinitrol Cavity Wax) par les trous de drainage existants ou par des orifices perces à cet effet. C’est un geste qui peut sauver une carrosserie.
Les chromes et pièces metalliques exterieures
Les pare-chocs, les baguettes, les poignees de porte et les retroviseurs chromes sont sensibles à l’oxydation. Après nettoyage, appliquez une fine couche de vaseline technique ou de ciré protectrice. Évitez les produits a base de silicone sur le chrome, ils laissent un film collant qui attire la poussiere.
L’intérieur et la protection contre les nuisibles
L’intérieur d’une voiture de collection est un paradis pour les rongeurs en hiver : de la moquette pour le nid, des câbles électriques a ronger, de la mousse de siège pour se rechauffer. Chaque année, je recois en atelier des véhicules dont le faisceau électrique a été devore par des souris pendant l’hiver. La réparation coute des centaines, parfois des milliers d’euros.
Prévention contre les rongeurs
- Bouchez les entrées d’air : placez du grillage metallique fin (maille de 5 mm) devant les entrées d’air de l’habitacle et du moteur. Les souris passent par des trous de 6 mm de diametre.
- Repulsifs naturels : des sachets de lavande, des boules de naphtaline ou des feuilles de laurier disposees dans l’habitacle et sous le capot dissuadent les rongeurs. Renouvelez-les toutes les 4 à 6 semaines.
- Pièges mécaniques : placez des pièges a souris (pas de poison, qui attire d’autres nuisibles) autour du véhicule, sous les roues et pres des ouvertures.
L’habitacle
Retirez tout objet susceptible de moisir ou de degager de l’humidité : tapis en caoutchouc, chiffons, cartons. Placez des sachets de gel de silice (dessiccant) sous les sieges et sur la plage arriere pour absorber l’humidité residuelle. Laissez les vitres entrouvertes de quelques millimetres pour permettre une circulation d’air minimale, à condition que le garage soit ferme et à l’abri de la pluie.
Le stockage : choisir le bon environnement

L’endroit ou vous remisez votre voiture de collection est aussi important que la préparation du véhicule lui-même. Tous les garages né se valent pas.
Le garage idéal
Le local de stockage doit reunir plusieurs critères :
- Étanchéité : pas d’infiltrations d’eau par le toit où les murs. Cela paraît evident, mais j’ai vu des voitures ruinee par une gouttiere percee au-dessus du garage.
- Ventilation : un garage ferme sans ventilation est un piège a humidité. Prevoyez au minimum deux ouvertures d’aeration opposees pour créer un courant d’air naturel.
- Temperature : un garage non chauffe convient parfaitement. Ce qui détérioré les véhicules, ce ne sont pas les temperatures basses en elles-mêmes, c’est l’humidité. Un deshumidificateur électrique (100 à 200 euros) est un excellent investissement si votre garage est naturellement humide.
- Sol : un sol en beton est preferable a la terre battue, qui remonté l’humidité par capillarite. Si le sol est en terre, placez une bache au sol sous le véhicule.
La housse de protection
Une housse intérieure respirante (en coton ou en materiau non tisse) protégé la carrosserie de la poussiere tout en laissant l’humidité s’evaporer. Évitez absolument les baches plastiques etanches, qui emprisonnent la condensation et provoquent des degats bien pires que l’absence de housse. Budget : 80 à 200 euros pour une housse sur mesure, 30 à 60 euros pour une housse universelle. Pour en savoir plus sur les accessoires de remisage, notre lexique des équipements détaillé chaque type de protection.
La remise en route au printemps : le protocole étape par étape
Le premier demarrage après l’hiver est un moment critique. Né tournez pas la clé comme si de rien n’était. Suivez ce protocole pour éviter les mauvaises surprises :
- Inspection visuelle : faites le tour du véhicule, verifiez qu’aucun fluide n’a fui, qu’aucun rongeur n’a elu domicile, que les pneus ne sont pas degonfles.
- Retablissez la pression des pneus : ramenez les pneus a la pression nominale si vous les aviez surgonfles. Si le véhicule était sur chandelles, verifiez la pression avant de le redescendre.
- Rebranchez la batterie : borne positive d’abord, negative ensuite. Verifiez la tension avec un voltmetre : 12,6 V minimum pour un demarrage correct.
- Verifiez les niveaux : huile moteur, liquide de refroidissement, liquide de frein, LHM (pour les Citroen). Completez si nécessaire.
- Amorcez le circuit de carburant : sur les véhicules a carburateur, actionnez la pompe a essence manuelle (si le véhicule en à une) pour remplir la cuve du carburateur avant de solliciter le demarreur. Sur les véhicules a injection, mettez le contact sans demarrer pendant 5 secondes pour laisser la pompe amorcer le circuit.
- Demarrage : lancez le moteur et laissez-le tourner au ralenti pendant 3 à 5 minutes. Né montez pas en régime tant que l’huile n’a pas atteint sa temperature de fonctionnement. Observez le tableau de bord : voyant de pression d’huile eteint, temperature qui monte progressivement, pas de fumee anormale.
- Essai de freinage : avant de prendre la route, avancez de quelques metres et testez les freins à basse vitesse. Les disques et les plaquettes peuvent être legerement oxydes après l’hiver et nécessiter quelques freinages pour retrouver leur efficacité.
- Premier roulage : effectuez un court trajet de 15 à 20 minutes a allure modérée pour amener tous les organes mécaniques a temperature et chasser l’humidité residuelle du pot d’échappement et du circuit d’admission.
Ce protocole prend environ 30 minutes et vous épargne des ennuis potentiellement couteux. Prenez le temps de le suivre à la lettre. Notre guide d’entretien saisonnier détaillé chaque étape avec des photos.
(source : Autobip)